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l’egglift |
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Au
plus creux de l’aventure de la carte à puce, c’est
à dire vers la fin des années 70, j’étais
harcelé de difficultés matérielles, et
pour tout dire un peu démoralisé. Faisant les
cent pas dans mon appartement, je me mis à farfouiller
dans une caisse de bric-à-brac comme j’en ai (toujours)
plein, et j’y trouvai un moteur de Mécano à
six vitesses, neuf. |
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J’ai
eu subitement envie d’entendre le bruit d’un
moteur en démarrage, puis en rotation, surtout
celui-ci qui, comportant une boîte de vitesses,
était truffé d’engrenages bruyants.
Je
ne sais comment, je m’attaquai aussitôt
à la réalisation d’un égouteur
d’oeufs à la coque, dont les plans étaient
instantanément très clairs dans mon esprit
:
a)
la nacelle
De la taille d’un bol, elle est constituée
de fil de fer laissant ajourée la plus grande
partie de la surface, et pouvant contenir un maximum
de quatre oeufs.
b)
la platine technique
Entièrement en Mécano, et fixée
au mur juste au-dessus d’un des feux de la gazinière,
ce n’est qu’un châssis métallique
sur lequel sont établis les piles, le moteur,
un treuil (fait d’un bouchon de bouteille de vin),
ainsi que le guide-câble, qui définit la
position verticale du câble (et donc de la nacelle).
c) le temporisateur tournant
Collé au mur juste à côté
de la platine technique, c’est un petit timer
Terraillon (pour cuisine ou labo photo), qu’on
fixe sur un nombre de minutes (et qui sonne en fin de
période), sur lequel je fixe un aimant en vue
de déclencher un relais de coupure lorsque le
temps arrive à zéro.
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Le
mode d’emploi est des plus simples :
1) une casserole d’eau bouillante
2) appui sur LE bouton qui descend la nacelle de sa position
de repos ; relâcher quand la nacelle est arrivée
à hauteur de bras tendu, juste à l’aplomb
de l’eau bouillante.
3) mettre les oeufs dans la nacelle
4) appui sur LE bouton jusqu’à ce que les oeufs
soient complètement immergés.
5) réglage du timer sur la durée désirée
; par exemple 2’30”
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C’est
tout pour les opérations humaines, maintenant : CUISSON |
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Au
bout de 2’30”, le timer sonne, l’aimant déclenche
le relais, qui alimente en courant le moteur, lequel se met
à hisser la nacelle en bobinant son treuil. Après
une dizaine de secondes, grâce à un mécanisme
d’arrêt automatique — qui fera toute ma fierté
d’ingénieur autodidacte — tout s’arrête
: il n’y a plus qu’à recueillir les oeufs
en se brûlant bien les doigts.
L’arrêt automatique : le câble est en constitué
par 50 cm de chaînette métallique, prolongée
côté nacelle par 10 cm de ficelle. Grâce
à un système de contacts et de frotteurs, le courant
n’alimente le moteur qu’à travers deux points
de la chaîne (tendue grâce au poids des oeufs),
écartés de 5 cm. Lorsque, tout en haut, la chaîne
se trouve remplacée par de la ficelle, le courant ne
passe plus et l’arrêt est rigoureusement garanti.
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Cette
absolue certitude n’a jamais cessé de m’émerveiller,
et j’ai montré l’appareillage à
des dizaines de personnes en glapissant de plaisir devant
leur stupeur, — mais je savais bien qu’une
personne sur 10, pas davantage, comprenait la perfection
sacrée de mon arrêt automatique.
L’egglift, comme il a été baptisé,
a très bien marché pendant une dizaine d’années,
mais, bien évidemment, il n’était
là que pour amuser les copains, visiteurs, journalistes
(friands de ce genre de spectacle).
D’ailleurs, nous mangions rarement des oeufs à
coque. |
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