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milliardaire
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Après
des années de négociation, qui nous ont paru des
siècles, CII-Honeywell-Bull a fini par signer avec moi
la première des deux cents licences relatives à
mes brevets sur la carte à mémoire
(future « carte à puce »). |
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L’invention
avait suscité un tel enthousiasme, depuis son origine
même, que l’idée ne nous venait pas
qu’il puisse être question, à son sujet,
d’autre chose que de milliards (anciens) de francs.
Et de fait, le contrat élaboré en des dizaines
de réunions par notre « partenaire industriel
» en comprenait plein, de ces sommes exprimées
en millions voire en dizaines de millions.
Sur vingt cinq articles, au moins quinze prévoyaient
le paiement de « 6 MF », « 4 MF »,
« 12 MF » et même « 18 MF ». |
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Le
soir de la signature, nous avons évidemment champagnisé
comme il se devait ce contrat mirobolant.
Euphorie était un mot un peu faible. Nous délirions
véritablement devant l’immensité de la tâche
accomplie : quelques centaines de milliers de francs dépensés
en petits salaires et honoraires de brevets, remboursés
par tous ces milliards (anciens) engrangés en une signature.
Puis les mois ont commencé à passer, les trimestres,
les années : pas de milliards, ni même de millions.
Notre licencié chéri n’exécuterait-il
pas le Contrat qu’il avait signé ?
Malhonnête, serait-il ?
Mauvais payeur ?
Même pas.
Il
suffisait de relire le texte, ce qu’enfin nous fîmes
à notre extrême désappointement : le Contrat
fonctionnait parfaitement, mais il était doué
de propriétés logiques mettant Bull à l’abri
des factures : un remarquable ensemble de SAUF, de NI, de DONC,
de ET, de OU faisait qu’on passait jamais par les articles
payants.
En résumé, le contrat était entièrement
gratuit, mais, aussi parfaitement exécuté soit-il,
je ne gagnais jamais un sou.
[J’ajoute que Bull voyait d’un très mauvais
oeil la concurrence de qui que ce soit : lorsque échaudé
par le contrat Bull je fis entrer Schlumberger dans le jeu,
cette fois-ci à titre bel et bien payant, Bull fit immédiatement
à son challenger un procès en concurrence déloyale,
qu’heureusement il perdit. Puis ce furent Philips, tous
les japonais (200 licenciés à la fin), mais force
est de constater que lorsque le moment fut venu de payer des
royalties (pourcentages sur les ventes), Bull paya toujours
rubis sur l’ongle.] |
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