les dates clés
jeux de mots
  Muni d’une première enfant de deux ans, et sur le point d’en accueillir une seconde, j’éprouvai au début des années 80 le besoin de les initier à la lecture, comme la micro-informatique naissante en laissait poindre les multiples possibilités.  
     
 

Avec l’aide de mon ami Alain Maréchal, je m’amusai tout d’abord à forger de toutes pièces un alphabet enfantin, du genre de ce qu’on trouve dans les livrets d’initiation, en CP.
Puis mon Apple2 envoya des mots (papa, maman, bonjour, merci) s’afficher avec cette police, et le résultat dépassa mes espérances tant il était charmant. J’eus aussitôt l’idée de faire se déplacer les mots sur l’écran, avec les quatre flèches dont disposait l’Apple2 (escape I, J, K, M).
Très facilement, je parvins à rabouter « bonjour » et
« papa », avec un espace entre les deux.
Il était hors de question qu’un petit enfant sache manipuler escape et le reste du clavier : je décidai donc de faire se mouvoir les mots sous l’effet des joysticks (bâtonnets de commande similaires aux manettes des jeux vidéo).
De Basic, le programme naissant plongea dans l’assembleur (indispensable pour la « lecture » des joysticks). Et, à ma délicieuse surprise, cela fonctionna : en poussant le bâton du joystick vers l’avant, « maman » montait, en tirant « maman » descendait, à gauche-gauche et à droite-droite.

bas
  Il s’agissait bel et bien, comme je l’avais voulu, d’une préparation à la lecture et aux mots : en superposant « glace » et « chocolat », on pouvait nettement distinguer un mot plus long que l’autre. Et même, en ajoutant « au », un mot encore plus court.
Deux ans plus tard, Frédéric Lévy s’empara du chantier, avec en tête l’idée d’en faire une adaptation idéale sur le Macintosh : écran « wysiwyg » (caractères noirs sur fond blanc, non pas verts sur fond noir), et surtout souris.
Inutile de dire que Frédéric eu à réécrire entièrement le programme (ainsi que la police de caractères) en lui ajoutant des détails subtils mais spectaculaires (par exemple : les mots sont devenus transparents), avec le mode opératoire suivant : une phrase jaillit sur l’écran, et y reste un temps suffisant pour l’observation ; puis elle éclate en autant de morceaux que de mots, qui se répandent sur la fenêtre. Il faut alors les attraper un à un avec la souris, et les disposer selon l’ordre approximatif de lecture (le 1er mot vers le haut et la gauche, le suivant plus bas et plus à droite, et ainsi de suite). Une fois l’opération terminée, on clique « J’ai fini ma phrase » et, en cas d’exactitude un sourire et le jeu reprend avec une phrase plus longue d’un mot. (Dans le cas contraire, la nouvelle phrase serait plus courte d’un mot.)
Si le joueur ne trouve pas, il clique « Donne-moi la solution » et tous les mots se remettent voluptueusement en ordre, en un superbe ballet typographique sur l’écran tout blanc du Mac.
   
  À la sauce Macintosh le jeu est subitement devenu superbe. Apple le montra fièrement lors de la 1ère Apple-Expo qui présenta le Macintosh, en 1985 : c’était le premier développement étranger aux États-Unis sur le segment si convoité par Apple : l’éducation.
Incidemment, et à la gloire de Frédéric Lévy, il faut dire que Jeux.de.mots avait été si bien programmé qu’il résista à la longue succession des systèmes du Mac (jusqu’à l’avant-dernière 9.2, en 2002). Par contre, avec la puissance des machines qui fut en quinze ans multipliée par un énorme facteur, le «voluptueux ballet typographique» se transforma en un sec retour à zéro de toute la phrase.
Heureusement François Grieu (comparse de Frédéric) prit les choses en mains en 2003, rajouta dans les bonnes boucles la quantité de NOP nécessaire à ralentir le mouvement et aujourd’hui tout est rentré dans l’ordre : sur n’importe quel Mac, la gracieuse remise en place des mots est aussi belle qu’en 1985.
 
 
tous les délires
ingratitude des débuts
balbutiements du Radoteur
le prix Edward Rhein
massif central
digicodes
pendule rétro
milliardaire
le train
calculatrice
le gilet
cui-cui
l'egglift
jeux de mots
synok
   
© Collector Roland Moreno 2004